Marchands de tapis

On ne négocie pas beaucoup au Chili. Le meilleur que l’on peut obtenir est un décompte mais les vendeurs préfèrent perdre une vente que de baisser leurs prix. C’est encore plus vrai dans l’immobilier. Personne ne paie le prix affiché car il est délibéremment trop élevé mais les offres faites partent de ce prix pour déduire entre 10 et 20 pour cent. Nous avions décidé de faire autrement : ne pas tenir compte du prix demandé et proposer la valeur réelle de la maison. Les agents immobiliers se sont étranglés, certains ont même refusé de transmettre nos offres aux propriétaires qui, nous l’avons appris plus tard, était prêts à les entendre. Nous avons fini par trouver un vendeur ayant besoin justement de la somme offerte et d’un agent immobilier comprenant que 2 pour cent de rien font rien. Tout le monde est content et notre entourage ouvre des yeux ronds en apprenant le deal. Comment avez-vous fait ?

Enchantés par cette première victoire, nous sommes partis à l’assaut de l’achat de matériel. Direction une grande surface de bricolage. De l’aveu du chef de rayon, ils s’étaient trompés dans leurs achats et avaient un sol de liège que personne ne souhaitait acheter. Le matériau est nouveau et les Chiliens sont en plein “effet parquets laminés”. Nous lui proposons de lui acheter son stock à prix coûtant. Danse des appels à Santiago des calculatrices, des je peux, je peux pas. Nous y passons la journée profitant de l’attente pour acheter une liste à la prévert. Le vendeur Jaime qui nous accompagne est sidéré, personne ne négocie jamais ici. Vous avez dérangé le gérant pendant son repas et vous lui dites que son rabais n’est pas suffisant ! Moi même j’ai du mal à y croire. Il me regarde comme si j’étais un mélange de Lara Croft et de Calamity Jane. J’aimerais avoir un dixième de la confiance ne moi qu’il m’accorde. A l’intérieur, je serais plutôt un croisement malheureux entre un paresseux et un lapin.

Rayon des urinoirs, impertubable je me fais expliquer le montage. Le vendeur m’affirme ils sont tous installés de la même manière. Peut-être je n’en ai jamais utilisé. Il lui faut quelques secondes pour approuver. Itou au rayon isolant où je sors ma science téléchargée la veille. Jaime tombe en arrêt vous avez lu tout ça avant de venir ? Le gérant nous rappelle voulez-vous attendre le retour du chef de rayon demain pour vous décider ? Non; vous êtes le décisionnaire, décidez. Retour sous l’arbre à palabres au rayon tapis. Il est fatigué pas Olivier, la négociation c’est son sport préféré. Voyant que nous allons partir sans rien, il cède. Nous rentrons satisfaits et épuisés. Jaime est radieux. Vous êtes des clients vraiment spéciaux. Il a fait son quota du mois en une journée et il a vu Don Michel négocier. Je pense qu’ils vont afficher nos portraits à l’entrée sur la liste noire…

Original post by sophie bellais

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