Les prématurés
Il y avait dans Libe récemment un article expliquant que près de 60% des prématurés ont des séquelles lourdes de leurs naissances anticipées. Je ne l’ai pas lu, cette étape de la vie de Maxou m’a angoissée pour le restant de mes jours pas la peine d’ajouter du grain à moudre à mon hypocondriaquerie maternelle.
Par contre, incidemment j’ai lu les commentaires et je fus très surprise de leur violence. A commencer par je suis préma et médecin, tous les prémas que je connais sont en pleine forme votre article est faux. Ca m’a rappelé cette discussion passionnnante que nous avions eu sur la taille des Portugais "qui ne peuvent pas être petits puisque mon mari est grand et portugais" passionnant et terriblement scientifique comme démarche. Bien plus évidemment que les chiffres fournis par les hôpitaux. La suite a davantage attiré mon attention, il s’agissait de ne pas "stigmatiser" les prématurés qui sont des bébés comme les autres.
Là je trouve que c′est injuste pour les mères qui vont connaître ce phénomène. Quand je suis arrivée à la maternité et que l’interne m’a annoncé que nous étions à 30 semaines et quelques jours, il m’a bien dit qu’il y avait des risques pulmonaires entre autres. J′ai choisi de ne pas l’écouter et de prendre au plus vite les injections de stéroïdes censées résoudre le problème. Olivier a fait des recherches sur Internet et connaissait toutes autres sortes de séquelles qu’il m’a sagement tues.
Et puis Maxou est sorti, je ne l’ai pas vu, je l’ai juste entendu. Je le suppliais en m′endormant qu’il tienne le coup. L′infirmière m′a dit, il est gros deux kilos (ce qui me fait penser qu’il aurait du en faire 4 à la naissance), Olivier m′affirme qu’il est beau. Et malgré tout ce que je savais, ce que j’avais lu, rien ne m′avait préparée à ce qui m′attendait dans le service de réanimation. Un minuscule petit être en position foetale couvert de tubes et de câbles. Vous avez beau vous dire que c′est votre fils, quelque chose dans vos tripes vous hurle que ce n’est pas normal, qu’un bébé n’est jamais aussi petit, qu’il ne faut surtout pas le toucher. Le pire peut-être est de regarder autour de soi et de croiser le même regard perdu des autres mères dont les petits de quelques centaines de grammes luttent pour rester en vie. Les infirmières bien formées et mères elles-mêmes m′ont obligées à le baigner et à le porter dès le premier jour, elles n’arrêtaient pas de dire qu’il était juste plus petit. Clairement, elles ont dédramatisé la situation. Je m′y suis presque habituée. Quand mes parents sont entrés dans la salle, j’ai vu l’angoisse de mon père et la panique de mon mère et j’ai compris que pour eux aussi, il y avait quelque chose d’anormal.
Et puis quand nous sommes enfin partis de l’hôpital, j’ai reçu un courrier du service m’expliquant que petit bonhomme était plus fragile de la zone pulmonaire que les autres enfants et me donnant une liste de conseils et de symptômes à surveiller. Ils ne l’ont pas stigmatisé, ils l’ont protégé. Nous avons eu de la chance, petit bonhomme est d’une résistance et d’une vitalité qui confinent au surnaturel. Mais je continue à penser que les parents des prématurés ne sont pas des parents comme les autres et qu’ils devraient être davantage préparés et soutenus pour affronter la situation.
Original post by sophie bellais