La crise

C’est étrange cette sensation de ne jamais sortir de la crise. Avec ce petit homme qui faisait la chasse au gaspi sur les portes de l’école. Il fallait penser à éteindre les lumières, les chauffages. J′entendais des conversations que je ne comprenais pas sur le prix du baril et l’OPEP. Je visualisais un gros baril sur pieds avec un turban dans des déserts de sable. Il me faisait vaguement peur. Ce devait être à cause de lui qu’il fallait soigneusement fermer la porte. Les choses allaient s’arranger forcément. Trente ans plus tard, je commence à douter de l’issue heureuse.

Papudo (c) SB

Inévitablement, je comprends bien mieux les enjeux. Je sais que les maisons ne se réchauffent pas à la seule force de la volonté. Ici l′énergie est très chère. Et l′hiver s’annonce désespérement sec et rigoureux. Nous avons fait rentrer le bois. Toutes ces sommes qui, littéralement, vont s’envoler en fumée. Le prix des légumes flambe lui aussi. Les Chiliens serrent les dents. La crise montrerait bien le bout de son nez. Et réapparaissent les autocollants de la chasse au gaspi les mêmes que mon enfance. Et nous faisons la leçon à Eloïse pour que les bains durent moins longtemps et que la lumière ne reste pas allumée toute la nuit. Et elle ne comprend pas tout. Qu’est-ce qui coûte cher dans un bain ? Le gaz pour chauffer l′eau, l′eau potable gâchée. Parce qu’on paye l′eau ? Paradoxalement tant d’innoncence me réchauffe le coeur. La crise n’est pas encore passée par là…

Original post by sophie bellais

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