Je me soigne…

Je suis une ponctuelle souffrante. Arriver en retard me vrille les nerfs, me file la migraine et me rend agressive. De plus, je ne supporte pas d′attendre et, par empathie, je souffre à la place de ceux qui viennent de le faire. Alors pourquoi vis-je dans les pays ou l′inexactitude est un art ? Imaginez-vous que je me pose souvent la question d′autant que je ne m’y suis jamais faite. Contrairement à mon mari. Qui n’a pas eu beaucoup à se forcer. On va dire qu’il fait preuve d′une intégration exceptionnelle sur ce sujet. Déjà en France, il avait par habitude quelques minutes de retard, il a juste adapté ses minutes en quart d′heure voire en demi-heure pour faire couleur locale. Et il continue à prendre ses avions en courant, ce qui m’agace fortement puisqu’en plus d′être ponctuelle, j’aime les boutiques d′aéroport.

J’ai tout essayé. A commencer par tricher sur l’heure, à le presser jusqu’à ce qu’il craque (pas super efficace), à le devancer (très inefficace), à m′en moquer (horriblement inefficace). Bref, j’ai renoncé. D′autant que nos enfants ont également hérité de ce trait de caractère. Et quand nous devons aller quelque part, j’ai trois “gobe-la-lune” qui mettent chacun une heure à enfiler leurs chaussures ou qui retournent chercher un truc indispensable aux fins fonds de la maison. Le paradis des procrastineurs. Je les soupçonne de le faire exprès juste pour le plaisir de me voir craquer nerveusement.

Et puis un jour, j’ai eu la révélation. Mon mari se met en tête une heure à laquelle nous devons partir. En général, l′heure à laquelle nous devrions arriver. Et j’aurais beau faire, beau dire il ne partira pas une seconde avant cette heure. Plutôt que de le regarder, habillée de pied en cape et transpirant dans mon manteau, admirer ses cactus (éventuellement les arroser et tailler quelques branches) et réaligner les tableaux, je pense que le plus simple est de lui demander à quelle heure il a décidé, par pur caprice de partir, et de me vautrer dans un fauteuil pour lire. Ce qui me réclame une dose de calme intérieure exceptionnelle mais qui a le mérite de fonctionner. C’est comme si je lui cassais un jouet devant ses yeux ébahis. Et il se prépare. Et surtout, je ne fixe pas de rendez-vous avec lui avec une heure précise. Je ne m’excuse plus non plus quand nous sommes en retard, je le laisse s’exprimer et je ne prends plus la responsabilité de nous engager ce qui ne me donne plus de sentiment de culpabilité. Et j’ai renoncé à porter une montre ce qui me permet d’ouvrir des yeux sincèrement innocents quand on nous signale notre retard. Je me soigne vous voyez mais ce n’est pas gagné.

Fleur de cactus (c) SB

Original post by sophie bellais

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