Il faut laisser le temps au temps
Vivre ici est une entorse au temps. Au temps qu’il fait déjà. Jusqu’à cette année, nous ne nous sommes jamais souciés de bulletin météo (qui passe à des heures impossibles), il suffisait de lever les yeux au ciel et de savcoir qu’il ferait grand beau. Quelque chose s’est détraqué cette annnée. Après un hiver sous la pluie, nous vivons un printemps glacial qui m’oblige à rallumer les radiateurs dans la chambre de Maxence une semaine sur deux. Et le Portugal n’est pas un pays fait pour la pluie. Tout est gris, sale et humide. Vivement le soleil pour faire ressortir le blanc des façades, sécher la boue et laisser le linge aux fenêtres cacher les lézardes.
C’est aussi une entorse au temps qui passe. Pas seulement parce qu’une minute ici ne compte pas le même nombre de secondes, d’ailleurs personne n’emploie cette unité de mesure. On parle de "moments", plus ou moins petits. Avec tous les "inhos" pour racourcir l’impression d’attente. L’heure n’est qu’une indication, le retard une politesse et l’habitude aide à calculer à partir de quelle heure l’on peut  se rendre quelque part sans être impoli et arriver avant tout le monde. Et puis les repères sont différents. Nous n’avons pas les mêmes congés, pas les mêmes fêtes des mères, le lien avec la France se distend, devient impropable. Rien que l’heure de décalage embrouille l’esprit (pas forcément très clair au départ des grands-mères). Elles appellent toujours après leurs repas, en plein dedans pour nous. Ou si tôt le dimanche matin. Tu dors à 10 heures ? Non mais à 9 oui. Et il y a le fatalisme qui vous frappe en pleine poitrine. Si les choses doivent se faire, elles se font. Et c’est d’autant plus pertubant que c’est exact. Tout se démêle au moment où on s’y attend le moins. Naturellement. L’impatience ne sert qu’à brouiller les pistes. Rester calme. Plus que quelques semaines avant le grand départ. Rien n’est prêt. Mais tout se fera…
Original post by sophie bellais
