Guerre de tranchées
Je suis rentrée, aphone, dans un champ de mines. C’était tendu à la maison. J’ai laissé Calina avec une amie et quelques consignes au cas où. Mais où avais-je donc la tête ? J’avais oublié à quel point le Chili est classiste. Pas question de bien s′entendre avec une Nana. Non, il faut la remettre à sa place, lui donner des ordres, lui rappeler qui commande, la remettre sur le droit chemin après les bons traitements qu’elle reçoit ici. Manquerait plus qu’elle oublie sa condition. Et ma Calina si douce d’ordinaire qui montre les dents. Je suis aussi un être humain, je n′aime pas qu’on m’insulte. Personne n′aime.
Et je suis coincée entre le marteau et l’enclume. Parce que mon amie ne se demande même pas si je vais la suivre. C’est limite si elle ne l’a pas virée ma Nana. Heureusement, je suis sans voix. Voilà désormais trois jours que j’évite le conflit en ne répondant pas au téléphone. Parce qu’elle m′appelle pour se plaindre, pour réclamer que son honneur soit blanchi. Elle veut la tête de Calina sur un plateau. J’ai du mal à comprendre, Calina sans travail en quelques jours est à la rue, elle le sait. Quel honneur peut-on trouver à se venger d’une personne aussi humble pour une mauvaise raison en plus? Je n’aime pas ce côté obscur que j’aperçois. Je peux accepter qu’une société soit très différente de celle dans laquelle j’ai été éduquée. Mais il me semble que le bon sens et la politesse sont universels. Je n’ai aucun espoir de faire comprendre à quel point cette situation est absurde et socialement dangereuse. Comme le clame l’attaquante les gens (pauvres) me respectent parce que je suis dure. La pauvre, je crois qu’ils la craignent parce qu’elle est lunatique. Et ressortent les tensions sociales jamais calmées au Chili. Les riches sont ainsi,il y a une justice à les flouer. Tous les pauvres sont des voleurs, il vaut mieux toujours se méfier.
Ce qui me console un peu dans ce chaos, c’est de penser que peu à peu, les étrangers indifférents à ce système de pensée, peuvent faire la différence. A condition de ne pas être tenté de ne rien voir.
Original post by sophie bellais