Gestion de crises

Dans notre famille, l’autorité c’est un truc sacré. Mes parents n’avaient que le mot respect à la bouche. Ils nous nourrissaient, nous leur devions du respect pour ça et prendre leurs ordres comme des paroles d’évangile. Bien sûr ça ne marche jamais comme ça. Surtout pas avec une fille comme moi. J’ai tout questionné en apprenant à parler. Les enfants ne supportent ni l’injustice ni les erreurs grossières, je devrais m’en souvenir.

Et je m’entends impuissante réclamer de ma fille un peu de respect et qu’elle cesse de me répondre de cette façon. Rien n’y fait, Eloïse se sent sûre de son droit. Et nous reculons toutes les deux dans un conflit hurlant dont personne ne sort vainqueur. Alors je prend tout doucement la décision de ne plus intervenir. Ce qui ne veut pas dire que je renonce. Mais c’est moi l’adulte, m’entendre échevelée lui hurler dessus, me fait douter soudain. Je dois être capable d’argumenter calmement. Et à chaque crise, je me dis qu’il me faudrait être plus souple. La tige de verre ne pliera pas, elle se rompra et, année après année, nous nous rapprocherons de la rupture. Je l’écris peut-être pour être obligée de le tenir mais je suis fermement décidée à quitter la pièce quand nous entrons dans ce type de rapports. Je vais la laisser hurler à son gré mais seule. Le plus important quand on y songe c’est qu’elle ne perde pas la face. Les enfants ont un sens très aiguisé de l’honneur. Je vais essayer de m’employer à lui laisser une porte de sortie, celle de crier seule de tout son saoul pour que nous reprenions une discussion sensée après. Et je vais faire comme les Romains : je vais la bannir de notre espace vital quand elle est dans ces moments là. Après tout le fait d’être une famille ne nous oblige pas à subir sa pollution caractérielle.  Et je vais faire plus de photos d’elle dans les bons moments pour lui montrer à quel point elle est magnifique quand elle sourit.

Eloïse (c) SB

Mon petit GI, lui, est spécialisé dans les gestions de crises. Essouflé sur les avants-bras, il traverse la maison aux premiers pleurs de sa soeur. Il lui touche le front, se glisse dans ses bras, gazouille, la fait rire. Cet enfant est un diplomate-né. Et je suis toujours aussi stupéfaite de le voir se tourner vers moi, en me montrant sa soeur d’un air très sérieux. Je ne comprends pas ce qu’il me dit bien sûr, mais je sens qu’il n’est pas content. C’est curieux de les regarder faire corps contre moi avec tout cet amour dans leurs gestes. Mon petit casque blanc est la bénédiction de cette maison.

casque blanc (c) SB

Original post by sophie bellais

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