Enfant, j’étais persuadée que la route qui se déroulait devant nous était construite par des petits magic iens qui devinaient où nous voulions aller. J’observais les champs de ma Normandie natale vierges de toute construction et j’écarquillais les yeux pour apercevoir les machineries complexes utilisées. J’ai cru tomber à la renverse des années plus tard en découvrant qu’un ministre russe avait eu le même genre d′idées. Comment ne pas tomber romantiquement amoureuse d′un peuple capable de produire de telles folies pour plaire à son impératrice ?
Bien des années plus tard, j′ai du admettre que j′étais avec de rêve d′enfant plus proche de comprendre l’âme humaine que je ne l’ai jamais été depuis. C’est peut-être la distance, l’ironie ou la folie qui approche mais, j′ai de plus en plus l’impression de vivre dans un monde de papiers où tout n′est qu’une question de postures. J’observe les gens affirmer leur spécialité, leur expertise comme ils disent, je les regarde gesticuler bruyamment. Nos dirigeants ne dirigent plus rien, leur élocution m’affole, leur syntaxe m’accable. Alors que j′ai une conscience douloureuse de mes lacunes, les leurs s’affichent avec toute la vulgarité de l’abruti satisfait. Ils ne doutent de rien matamores parvenus. Je me dis que je devrais parfois apprendre à crier plus fort qu’eux.
Parfois je les envie, les regardant jalousement affirmer haut et fort leurs certitudes. Certitudes et confiance en moi que je n′ai jamais été capable d′acquérir. Peut-être aurais-je du choisir une autre voie d′études, savoir que je ne savais rien fut la pire des croix. Pour faire écho au poste précédent et donner à Satmandi la maternité de la polémique, je croise de plus en plus de ces écrivains autoproclamés qui ont sous leurs bras serrés fort comme des trésors leurs écrits publiés qu’ils vous obligent à lire. Si je continue d′affirmer que c’est le lecteur qui fait l′écrivain, je dois par honnêteté intellectuelle préciser que c’est le lecteur volontaire qu’il s’agit de satisfaire. Pas ce panel biaisé et familiale ou amicale qui vendrait ses votes comme autrefois sur l′agora pour une miche de pain. Souvent fascinée, j’entends ces auteurs m’expliquer leur travail, leur recherches, leurs influences. Ils s’écrivent des reviews, se comparent sans vergogne. J’aimerais avoir un tiers du quart de leur culot. Mais je sais que ce qui les sauve, c’est leur posture. Ils croient plus que vous à leurs mensonges, c’est la colle de leurs villages Potemkine. Et la colle du mien ? C’est l′ironie.
