Il y a toujours des cartons partout mais je fais semblant de ne pas les voir. Je m’étais donné l’objectif d’en vider un par jour, j’en ai déjà trois de retard. Et ça na va pas s’améliorer me susurre une petite voix. Nous avons le câble, ADSl et plein de jolis téléphones partout. Curieusement aucun d’eux ne fonctionne, une sombre histoire d’enregistrement. Je voudrais bien régler cette histoire mais le Monsieur parle trop vite. 18 essais plus tard, j’attends qu’une amie passe nous voir.

Les bureaux sont bien installés, nous sommes des travailleurs voyageurs nous Madame.
Pas question de laisser une demi-journée de travail en plan quelque part dans les remous de nos circonvolutions. Nous n’avons jamais eu autant d’espace, j’ai la tête qui tourne parfois. Nous ne sommes pas tombés cette fois dans le panneau d’inviter tous nos amis à venir nous voir. Nous savons qu’ils seront très peu à faire le chemin faute de temps, d’argent, d’envie (vous pouvez cocher les trois cases). Nous ne posons pas la question pour ne pas entendre des excuses embrouillées. Je me lasse de faire semblant d’y croire.
Eloïse parle Espagnol, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour elle ça veut dire beaucoup. Elle revit depuis qu’elle communique. La maîtresse n’en revient pas. Vous vous rendez compte en deux mois sans accent ! Ils ont formé le camp des Européens dans sa classe: un Espagnol, une Hollandaise, une Française. Ils ont l’air de tenir à leurs lieux de naissance. Nous achetons des tonnes de fruit pour une poignée d’euros, elle les dévore. Pour les légumes c’est plus difficile. Pourtant je n’en ai jamais mangés d’aussi bons. Comment vous décrire les avocats fondants, les betteraves sucrées, et toutes ces varitétés de salades ? J’aurais mis trente-six ans à découvrir l’herbivore qui sommeillait en moi. Notez que la carnivore avec la viande argentine qui règne ici est bien servie aussi. Ce qui met à mal toute tentative même timide de régime.
Maxence qui s’en tient à ses syllabes fétiches OCOLA se gave de pommes et de poires. Il ne se soucie pas de former d’autres mots puisque celui-ci couvre l’intégral de son spectre de désirs. Son autre passion est la voiture sous toutes ses formes qu’il roule en faisant vroum. Nous jouons bien tous les deux à faire la course et je trouve cela bien plus facile que d’habiller les barbies anorexiques. Eloïse nous rejoint, la course se finit en embouteillages, elle édicte des règles complexes, il envoie tout ballader d’un geste souriant. Elle le traite de petit cochon, je parle de le manger à Noël, elle en rit d’indignation. Comment dire ? Tout va bien.
Original post by sophie bellais