Comme l’âne recule, nous avançons

Quand j’allais, enfant, dans d′autres familles, j’étais toujours émerveillée par la vie des autres. Je trouvais les repas de famille animés, drôles, les parents de mes amies attentifs et ouverts. Que n’aurais-je donné pour avoir un père qui joue avec moi et m′emmène me promener le samedi après-midi ou une mère copine qui me parle ? Autant croire au Père Noêl. J’avais réussi à développer une image de la famille idéale, celle que je voudrais créer par moi-même où les conflits n’auraient pas lieu et où tout se résoudrait dans la joie et la bonne humeur.

Et puis, en vieillissant, j′ai vu les craquelures sous les façades parfaites. Toutes ces familles idylliques ont connu un vent de folie, divorces, dépression, fugues adolescentes et notre foyer dysfonctionnel tout en restant tendu ne fut plus alors plus si unique. Au moins nous ne nous étions jamais menti sur notre incapacité mutuelle à vivre ensemble. Nous étions partis de moins haut moins dure était la chute. Beaucoup de mes amies se sont réfugiées chez des psy en tout genre. Un grand nombre y a trouvé de l’aide. Je n′y suis jamais allée parce que je savais que ma réalité ne serait pas modifiée. Mon rêve s’est effiloché, je ne rêvais plus de picnics champêtres mais de lieux de confiance. Et j′ai gardé cette vision de la famille. C’est amusant que vous me répondiez thérapie quand je dis soucis. Je ne pense pas qu’il existe une thérapie de la famille parfaitement heureuse. Nous sommes dans une logique d′autorité et d′apprentissage. Certaines leçons sont plus difficiles à entendre. Je sais qu’on enseigne pas à un dauphin à taper à la machine, il n′y a donc rien de sophistiqué ni de particiulièrement complexe. Lolo renâcle devant la discipline personnelle qui consiste à ne pas se polluer (ni son entourage) avec une attitude négative. Je considère ma fille comme une personne, je lui explique mais ne négocie pas, il y a des choses qu’on ne peut négocier. Et parfois trop tergiverser fait perdre le fil aux deux interlocuteurs. C’est aussi la face obscure du rôle des parents à mes yeux. Dire la vérité et offrir à ses enfants une vision du monde tel qu’il est: dur. Je ne peux pas faire croire à Eloïse qu’elle deviendra une personne intéressante et responsable en se braquant. Le monde ne se pliera pas à ses volontés, c’est elle qui risque de casser. Et je préfère qu’elle le comprenne maintenant qu’à sa majorité. Ce qui ne signifie pas que ses larmes me réjouissent ni que ce rôle m’enthousiasme. C’est simplement une des choses envers lesquelles je me suis engagée en ayant des enfants. Personne ne peut le faire à ma place. Ce qui ne veut pas dire non plus que je suis hostile aux thérapeutes. Je préfère simplement les garder dans ma manche en cas de difficultés réelles ou si l’envie devient tenace de l’envoyer à l’école de l’Armada à quelques encâblures de là.

Lolo (c) SB


Original post by sophie bellais

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