Archive for the ‘fred neidhardt’ Category

Le jour de la liberté

Saturday, July 19th, 2008

Le mari de Calina a montré patte blanche. Il ne boit plus, travaille, fait des compliments à sa femme et s’occupe de leur fils. Après huit mois de séparation, elle l’a autorisé à revenir chez elle sous très haute surveillance. Il reste un petit tout petit hic : il ne veut pas qu’elle sorte seule avec ses copines le vendredi soir. Et ma Calina s’est habituée à cette nouvelle liberté.

Elle vient donc me parler en gloussant. Dites-lui vous qui sortez quand vous voulez que c’est normal. Marcelo est bien ennuyé, il travaille dans la maison, il ne peut pas m’envoyer ballader. Pourtant ce n’est pas l’envie qui lui en manque. Il bafouille et finit par me dire que c’est culturel, que je ne peux pas comprendre. Je t’en foutrais du culturel lui qui nous serine toute la journée avec ses idéaux d’égalité. Comment peut-il nous parler de liberté s’il n’y en a pas chez lui ? Vous voyez me dit Calina il ne veut pas. Et quand bien même ? Comment ça quand bien même ?  Qui vous a dit que vous deviez lui demander à votre mari l’autorisation ? Elle n’en revient pas, elle n’y avait pas pensé. Vous ne lui demandez pas ? Non. Elle trouve l’idée formidable. Je vais vous apprendre à vous libérer lui dis-je et nous voilà manifestant dans la maison avec le cri d’ordre de "liberté pour les femmes". Olivier est prudemment resté dans son bureau, Marcelo a fui dans le jardin. Eloïse s’est dit que nous étions un peu cinglées. Il n’y a eu que Maxou pour nous soutenir bruyamment…

Une certaine idée de la liberté (c) SB

Original post by sophie bellais

Le gang des couches

Wednesday, July 16th, 2008

Depuis le début, je me dis que ce doit être en moi. le nombre de fois où des personnes infiniment moins qualifiées que moi se sont vues propulsées à ma place. Au début, je trouvais cela terriblement injuste puis, le temps passant, j’ai fini par me convaincre  que c’était mieux ainsi. Délibérement, j’ai choisi les places du fond près de la sortie. Et comme je ne sais pas me taire, je détruisais cyniquement toutes les propositions faites. On m’a souvent fait remarquer que c’était loin d’être constructif mais que voulez-vous, je suis passive agressive pas constructrice pour deux sous.

Je n’ai donc aucune autorité naturelle ni artificielle. Personne ne s’y trompe à commencer par les animaux. Aucune bestiole ne m’a jamais obéi. Surtout pas les furets, j’avais les deux furets les plus incontrôlables de la place. J’ai fini par m’y faire. Evidemment, enceinte, je me suis posé un grand de questions sur ma capacité à élever un être humain mais comme il était trop tard pour y faire quelque chose, j’ai préféré croire aux miracles. J’ai eu tort. Mes enfants ne m’obéissent pas, ils ne me craignent pas, ils se soucient comme d’une guigne de ce que je peux dire ou faire. Un vrai désastre. Me voici encore convoquée au jardin d’enfants. Max est une terreur, certains petits pleurent quand il arrive. Lui et sa bande (oui vous lisez bien, il fait partie d’une bande) sèment le chaos dans la jolie petite école. C’est la première fois que je vois ça me dit Lily. Les autres enfants ont peur des adultes, Max non. Il nous désobéit en souriant. Exactement comme les furets. Ou sa soeur. C’est une épidémie.

Calamity Max (c) SB

Original post by sophie bellais

A fond dans la pente

Saturday, July 12th, 2008

Voici une chose incroyable dans ce pays : moins de trois heures de route séparent ces deux paysages !

Tempête (c) SB

Nous sommes donc allés skier dans les Andes au dessus de Santiago. Le ski ici est réellement un sport de luxe peu de Chiliens fréquentent les stations surtout en semaine. La clientèle est étrangère, on parle Américain ou brésilien sur les tire-fesses et les pistes sont presque vides. Enthousiastes comme nous l’étions, nous nous sommes jetés sur les pistes pour pleurer quelques heures plus tard. Indépendamment de la température anormalement basse pour un mois de juillet, mon corps outré s’est décidé à me rappeler que j’étais très très loin de  mes vingt ans et tous mes muscles couinent en cadence quand j’essaie de me déplacer. Je vous épargne la description de mon mari, pourtant plus jeune, qui geint du fond du canapé…

Vallée Nevado (c) SB

Il nous a fallu ce matin nous rendre en boitillant sous une pluie battante au théâtre pour admirer la non performance de notre fils parfaitement indifférent quant au concept d’acteurs et de danse. Peu importe nous l’avons trouvé mignon et au moins nous étions assis sur des chaises à notre taille dans une pièce chauffée c’est toujours mieux que rien…

Maxou (c) SB

Original post by sophie bellais

Dans ma bulle

Wednesday, July 9th, 2008

Il y a énormément de décisions à prendre en ce moment. Des petites choses et des sujets plus importants. Si la sophrologie ne m’a jamais servi à rien sur le plan professionnel, elle m’a au moins aidé à savoir m’asseoir et réfléchir sans culpabiliser sur le temps qui s’écoule. Je suis beaucoup plus détendue désormais. Beaucoup trop. Je regarde le sablier, je trouve gracieux le mouvement du sable. Et j’attends. Vraisemblablement que les événements m’imposent une conduite ou que quelqu’un exaspéré fasse les choses à ma place.

C’est insupportable, je le sais mais je déteste l’idée des délais, des menaces et ce rythme qui nous est complètement imposé par l’extérieur. Et je suis tellement hostile à la notion de formulaire que je ne sais pas les remplir. Six années d’études et je gribouille, râture et me trompe. Si ce n’est pas l’essence de l’acte manqué, je me demande ce que c’est. J’ai de nouveau des crises d’angoisse qui me broient le coeur. Pour des broutilles comme le renouvellement des visas ou des papiers d’Eloïse. Pourtant pour le moment aucun problème à l’horizon.

Nous sommes en statut quo avec la propriétaire qui nous inonde de mails alternant menaces et larmes. Nous la pensions machiavélique, nous la découvrons stupide. Elle ne comprend pas les mots qu’elle lit. Ca peut paraître impossible mais cette femme est une sèche. Elle se déplace dans son nuage d’encre projetant son peu de culture en une image agréable parfaitement fausse. Elle ne comprend rien. Elle a peur et se ronge la patte prise au piège. C’est pathétique. Nous évitons soigneusement de lui répondre par peur des malentendus, elle en déduit que nous sommes d’accord avec ses demandes toutes plus irréelles les unes que les autres. Elle me fatigue. Impossible de faire preuve d’empathie pour affronter le vide sidéral entre ses deux oreilles.

Je me couvre les oreilles avec des lectures, des photos, des films. Je reste immobile plusieurs minutes d’affilée pour entendre les bruits de la maison. Je passe des heures à regarder le feu. Je pense. Je proscratine très sérieusement. Je me ramasse. J’observe Maxence observer le monde. Des heures pour une petite voiture, il danse dans les rayons de lumière, le feu l’intéresse plus que la télé. La contemplation bruyante et extatique faite enfant. Il vient s’asseoir près de moi, il aime quand je l’écoute. Il chante perdu dans un univers incroyable qui le fait sourire. Je me demande où est passée mon enfance.

Contemplation (c) SB

Mon ancienne amie, elle, s’agite. Elle a filé modifié le nom de la société que nous avions commencée en commun. Elle s’active pour nuire à mon environnement. Je suis troublée par tant d’énergie négative. Elle a éteint toute volonté de pacification de ma part. Tout sentiment aussi. Elle glisse hors de nos vies sans bruit et notre indifférence la met hors d’elle. Elle s’est mise en tête d’avoir le cuir plus dur que le mien. Elle en tire même une revendication féministe. Elle souhaite que je m’excuse et que je reconnaisse sa supériorité de caractère. Elle me soumet l’ultimatum de choisir entre elle et tous les autres. Le choix de Sophie pour une vague relation que je n’ai plus envie d’aimer. Elle n’a rien compris. La fusion n’entre pas dans mes humeurs. Je pense que je vais bientôt me réveiller pour le lui signifier…

Original post by sophie bellais

Circulo

Monday, July 7th, 2008

Maxou lui aussi se retrouve dans une pièce de théâtre. Je me demande comment les instits font vu qu’il continue de ne faire que ce qui lui plaît quand il le désire. Nous nous demandons également s’il a un texte à apprendre. Il est plutôt concentré sur les quelques mots récemment appris. Notamment Circulo, uno et auto. Avec ça nous avons la rue Michel et tout tourne autour de ce concept (si j’ose dire) même les carrés.

Coucou (c) SB

Au début, en parents investis de leurs rôles de pédagigue nous l’avons corrigé. Mais vous devriez voir la fierté dans ses yeux quand nous lui disons que c’est bien et que nous répondons à ses quelques essais de communication. Peu importe que le frigo ne soit pas plus circulo que la table. Le son de sa voix m’enchante. D’ailleurs à la même époque Eloïse voyait des hyppotopames et des poi-onsses. Ce qui ne l’empêche pas de parler couramment trois langues aujourd’hui (et donc de nous faire tourner bourrique dans trois langues).

Coucou (c) SB

Comme vous pouvez le voir, nous sommes en plein travail du concept de coucou et je crois que nous avons bien avancés…

Original post by sophie bellais

Une goutte de lumière

Thursday, July 3rd, 2008

C’est plus que de l’eau, c’est du cristal. Elle est tendue, elle regarde au loin. Je la vois réciter son texte. Une simple petite phrase qu’elle connaît par cœur. Tout ce bleu, céleste, comme ils disent ici. A peine plus foncé que ses yeux.

Petite goutte d'eau (c) SB

Oubliés les cris, les problèmes et sa révolte. Elle glisse, elle est radieuse, je ne vois plus qu’elle et je bois ma petite goutte.

Petite goutte d'eau (c) SB

Original post by sophie bellais

Machiavela

Wednesday, July 2nd, 2008

Au Chili on dit semblables comme des gouttes d’eau, enfin on le dit en Espagnol mais il n’a jamais été question de faire un blogue bilingue. C’est bien notre chance, dans la même pièce de théâtre il y a trois gouttes d’eau, l’instit nous a donc demandé de nous rencontrer entre mères responsables  pour mettre au point un costume identique mais le plus simple possible. Me croirez-vous si je vous dit qu’il nous a fallu au moins quatre rencontres et une bonne dizaine d’appels pour que les deux autres tombent d’accord ?

Pourquoi tant de bruit ? Une sombre histoire de pouvoirs chacune des deux voulant prendre l’ascendant sur l’autre. Et moi ? J’ai joué le rôle parfaitement désagréable du fusible annonçant dès le départ que je me mettrai de tout mon coeur du côté du vainqueur. Comme ça sans rire. Elles m’ont crue et se sont mises en quatre pour me convaincre. Mon costume était prêt ce soir cousu par de blanches et généreuses mains. Et je n’ai rien eu à faire. Oui je sais c’est parfaitement immorale mais je ne savais pas en faisant des enfants que je devrais en plus de savoir faire des pansements, la cuisine, le clown, la mère fouettarde, repasser, vaguement le ménage, jongler, nettoyer la cage du hamster (et je suis sûre que j’en oublie); je ne soupçonnais pas donc qu’il me faudrait impérativement coudre des kilomètres de tissu pour les besoins obscures de pièces de théâtre plus ou moins intelligibles. Et ça vraiment si j’avais su j’aurions pas venu…

On dit aussi tel père tel fils non ? (c) SB

 

Original post by sophie bellais

Petit garçon

Wednesday, June 25th, 2008

Je ne voulais pas le faire. Je voulais garder mon bébé le plus longtemps possible. Avec sa couronne de soie et son allure de petit pâtre. Mais son père en a eu assez. Je vous épargne les ruses pour l’attraper, oui bien sûr le schéma impliquait du chocolat. Il a fallu le maintenir très fermement. L’animal a rué, s’est cabré et nous l’avons libéré devant la glace. Il a eu du mal à se reconnaître.

Coquin (c) SB

Depuis que les instits lui ont dit qu’il était superbe, le croirez-vous mon fils parade. Il m’amène même l’eau de Cologne pour que je le coiffe. Ce soir, nous l’avons vu demander à sa sœur de le peigner. je crois qu’il est en train d’expérimenter son charme….

Original post by sophie bellais

Convalescence

Tuesday, June 24th, 2008

C’était bien la crise de la trente-septaine qui couvait, rien de bien grave. Les choses changent tellement dans la vie de la famille en ce moment que j’ai l’impression d’être la seule qui fait du surplace. Ce qui est très injuste et égo-centré. On va dire pour être plus descriptif que rien n’avance au rythme que je souhaiterais. Ce qui n’est peut-être pas plus mal quand on connait ma capacité à voler de projet en projet. Mon mari consciencieux et laconique (le mot a été inventé pour lui il en est le paradigme) ramasse les miettes de mes déceptions. Ce qui m’agace plus que lui. Et m’oblige à penser que je dois lui démontrer quelque chose. Cercle vicieux d’incompréhension. M’enfin Sophie tu existes indépendamment de moi. Bien sûr. Mais il est ma fenêtre sur le monde et je n’aime pas l’image que je crois lui envoyer. Image terriblement différente de celle qu’il perçoit. Ce serait trop simple sinon.

Je pourrais intituler ce passage comment se créer des soucis quand on n’en a pas. Tout va bien donc. Ma jambe cicatrise et les enfants continuent à semer le chaos et la désolation partout où ils passent. Nous sommes arrivés à bout de notre logique sans voiture et malgré le racket du prix du baril, nous avons commencé à en chercher une à acheter. Je suis heureuse que nous ayons essayé de vivre plusieurs mois sans et surtout je suis surprise de voir qu’Olivier n’est pas si pressé que cela de changer de situation. J’ai la sensation que nous avons désappris pendant plusieurs mois à consommer et que la distance qui s’est créée et très salutaire. Nous allons commencer à skier dès la semaine prochaine, les personnes qui s’étaient annoncées pour une visite cet été se sont toutes décommandées (quelle surprise), nous sommes donc libres comme l’air pour affronter les Andes.

Ils ont l'air gentils comme ça (c) SB

Le changement d’hémisphère a achevé de rompre toutes nos relations amicales ou familiales. A la demande de mon mari, je n’ai pas confronté mon amie sur ses vues quant aux relations sociales. Elle nous a rendu suffisamment de services pour que nous lui laissions le bénéfice du doute. Et nous ne sommes pas ingrats. Malheureusement ce silence attentif lui a donné l’illusion que nous nous sentions coupables et elle a sauté sur l’occasion pour m’entretenir à la première occasion sur ses idées démentes quant à la "contagion des pauvres". Qui ne dit mot consent n’est-ce pas ? Il lui a fallu par mesquinerie tenter de me sortir d’une affaire que nous avions en commun. Et cette fois, j’ai reculé. Evidemment, elle ne comprend pas pourquoi j’ai autant refroidi mon attitude et cherche à tous crins à discuter avec moi mais le samedi parce qu’elle ne veut pas croiser Calina. Cette situation bancale me rappelle tous les jours à quel point il est inutile de chercher à dépassionner le débat ou à éviter l’affrontement. Elle n’a honnêtement pas compris que je lui laissais une chance de sortir dignement du débat et désormais les choses sont allées trop loin  pour que nous puissions reprendre une relation sereine. Je refuse de laisser quelqu’un m’entraîner dans des hurlements hystériques. J’espère que je trouverais  l’occasion de lui expliquer tout cela dans quelque temps mais je sais qu’il existe un grand risque que les choses ne se résolvent pas comme je le souhaite. Si j’ai appris une seule leçon de mes années portugaises c’est que les amitiés ne se conservent pas à n’importe quel prix et qu’il faut savoir rapidement mettre un terme à une situation pathogène.

Original post by sophie bellais

Le 20 juin vous êtes sûrs ?

Friday, June 20th, 2008

Eloïse, hier, m’amène un cœur. Elle est toute contente, elle l’a fait spécialement pour moi. Grosse crise d’angoisse qu’ai-je encore raté comme fête? Et avec le décalage horaire il est trop tard pour appeler en Europe. J’ai quand même réussi l’exploit d’oublier la fête des grands-mères et celle des pères et de me mettre à dos mon père et ma mère. A 14000 kilomètres de distance on va dire que je suis douée. Devant mon air ébahi, Eloïse précise. C’est pour demain. Mais quel jour sommes-nous donc demain ? Le 20. J’ai mis quelques minutes à y croire. C’est à cause de l’hiver austral. Normalement le 20 juin c’est la veille du solstice d’été. Les nuits sont longues et chaudes. Et puis pour dire la vérité je ne suis pas prête. Mais vraiment pas.

Ce matin, sur la table il y a avait deux gâteaux offerts par Calina et son mari. Je n’ai pas pu faire autrement que d’y croire. Voilà j’ai 37 ans. Fallait bien que ça arrive. Au rythme où le temps file, le temps d’écrire ce poste on rajoutera une bougie. Ca fait rire mon mari qui, pendant deux mois, va être plus jeune que moi. Et ça me fait rire aussi. Vous vous rendez compte, j’ai réussi à échapper aux théières en folie encore une année…

Moi (c) JLT


Mais oui c’est la super classe de promener le doudou de Maxou…

Original post by sophie bellais